Septembre marque la reprise. Les plannings se réorganisent, les équipes retrouvent leur rythme, et c’est souvent à cette période que resurgissent les tensions mises de côté pendant l’été : un salarié qui conteste ouvertement une consigne, des retards qui s’installent après la pause estivale, ou pire, une absence qui s’éternise sans aucune nouvelle. Trois situations très différentes, mais un même piège pour le dirigeant d’une TPE ou d’une PME : agir dans l’urgence, sans respecter le formalisme attendu par la loi.
Le sujet n’a rien de théorique. Avant la réforme créant la présomption de démission, une étude de la Dares (publiée en février 2023) montrait que l’abandon de poste était à lui seul le motif invoqué dans 71 % des licenciements pour faute grave ou lourde recensés au premier semestre 2022 — soit environ 123 000 salariés —, loin devant l’insubordination et les autres motifs disciplinaires. C’est précisément ce constat qui a poussé le législateur à changer la règle. Les secteurs du commerce, du transport et de l’entreposage restent les plus concernés. Voici, situation par situation, ce qu’il faut savoir pour réagir sans mettre votre entreprise en risque.
Insubordination : où s’arrête le désaccord, où commence la faute

Le Code du travail ne définit pas l’insubordination : c’est la jurisprudence qui trace la limite. Un salarié qui exprime un désaccord, même fermement, dans le cadre d’un échange normal, n’est pas fautif. En revanche, le refus caractérisé d’exécuter une consigne légitime relevant de votre pouvoir de direction — qui ne met pas le salarié en danger et ne l’oblige pas à enfreindre la loi — peut constituer une faute.
La gravité s’apprécie au cas par cas : un refus isolé et sans conséquence n’est pas comparable à un refus répété, exprimé avec agressivité, ou devant des clients ou des collègues. C’est ce contexte qui détermine une sanction proportionnée : un rappel à l’ordre ou un avertissement pour un premier incident mineur ; une mise à pied disciplinaire ou un licenciement (pour faute simple ou grave selon la gravité) si les faits sont sérieux ou répétés.
Le réflexe à prendre : notez les faits par écrit le jour même — date, heure, propos exacts, témoins éventuels — même si vous ne sanctionnez pas immédiatement. C’est souvent l’absence de trace écrite, bien plus que le fond du dossier, qui fragilise une affaire devant les prud’hommes.
Retards répétés : la sanction progressive, mais documentée
Un retard isolé de quelques minutes ne justifie pas, à lui seul, une sanction lourde. C’est la répétition, correctement établie, qui construit un dossier solide.
En pratique :
- Consignez chaque retard : date, heure d’arrivée prévue et réelle, durée.
- Conservez les preuves disponibles (badgeuse, plannings, témoignages).
- Échelonnez la réponse : rappel oral, puis avertissement écrit, puis mise à pied disciplinaire, et enfin licenciement si les retards persistent malgré les avertissements et désorganisent réellement l’activité.
Un point technique à connaître : les faits fautifs se prescrivent deux mois après que vous en avez eu connaissance (article L. 1332-4 du Code du travail) — passé ce délai, un retard qui n’a fait l’objet d’aucune sanction ou avertissement écrit est définitivement prescrit. En revanche, si des retards antérieurs ont déjà été sanctionnés ou notifiés par écrit dans ce délai, cet historique documenté vous permet de prouver la récidive et de justifier une sanction plus sévère pour un nouveau retard survenu dans les deux mois.
Abandon de poste : un régime profondément changé depuis 2023
C’est la situation la plus encadrée juridiquement, et celle où une erreur de procédure coûte le plus cher. Depuis la loi « Marché du travail » du 21 décembre 2022 et son décret d’application du 17 avril 2023 (entré en vigueur le 19 avril 2023), le salarié qui abandonne volontairement son poste et ne reprend pas le travail après une mise en demeure est présumé démissionnaire (article L. 1237-1-1 du Code du travail).
Concrètement, la procédure impose :
- Une mise en demeure envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre contre décharge ;
- Un délai d’au moins 15 jours calendaires, décompté à partir de la première présentation du courrier, pour que le salarié reprenne son poste ou justifie son absence (article R. 1237-13) ;
- La mention explicite des conséquences d’une absence de réponse : le salarié doit être informé qu’à défaut de reprise ou de motif légitime, il sera présumé démissionnaire. Le Conseil d’État l’a rappelé fermement dans une décision du 18 décembre 2024 : une mise en demeure qui omet cette information ne permet pas de faire jouer la présomption.
Le salarié peut invoquer un motif légitime pour écarter la présomption : raison médicale, exercice du droit de retrait ou du droit de grève, refus d’exécuter une instruction contraire à la réglementation, ou modification unilatérale de son contrat par l’employeur. S’il conteste malgré tout la rupture, il peut saisir directement le bureau de jugement du conseil de prud’hommes, qui doit statuer dans le délai d’un mois.
Un point souvent ignoré : vous n’êtes pas obligé d’utiliser ce mécanisme. Vous pouvez toujours choisir d’engager une procédure de licenciement pour faute grave dans les deux mois suivant la connaissance des faits, si cette voie vous semble plus adaptée. La différence est de taille pour le salarié : contrairement au licenciement, la présomption de démission le prive de ses droits au chômage — ce qui explique pourquoi les juges sont particulièrement vigilants sur le respect scrupuleux de la procédure.
Le point commun aux trois situations : la rigueur procédurale
- Insubordination, retards, abandon de poste : les règles diffèrent, mais la logique reste la même.
- Documentez tout, dès le jour de l’incident : dates, faits précis, témoins.
- Respectez scrupuleusement les délais légaux : 2 mois de prescription des faits fautifs, 5 jours ouvrables minimum entre convocation et entretien préalable, 15 jours calendaires minimum pour l’abandon de poste.
- Proportionnez la sanction à la gravité réelle des faits — un dossier disproportionné se retourne souvent contre l’employeur.
- Ne réagissez jamais « à chaud » : quelques heures de recul évitent bien des procédures bâclées.
- En cas de doute, faites relire votre courrier avant de l’envoyer — pour l’abandon de poste en particulier, une mise en demeure mal rédigée peut annuler toute la procédure.
Bon à savoir : dans une entreprise sans représentant du personnel, la lettre de convocation à l’entretien préalable doit indiquer où le salarié peut trouver la liste des conseillers du salarié (mairie ou unité départementale de la Dreets) susceptibles de l’assister.

Le mot de la fin
Ces trois situations ont un point commun : elles touchent à l’autorité du dirigeant, et c’est précisément ce qui pousse à vouloir réagir vite. Mais en droit du travail, la rapidité n’est jamais un gage de solidité. Une procédure bien menée, documentée et proportionnée protège autant votre entreprise que le salarié concerné — et c’est souvent ce qui évite qu’un différend individuel ne se transforme en contentieux prud’homal.
À retenir
- Documentez systématiquement les faits, dès le jour de l’incident, même si vous ne sanctionnez pas immédiatement.
- Respectez les délais légaux : 2 mois de prescription des faits fautifs, 5 jours ouvrables avant l’entretien préalable, 15 jours calendaires minimum pour l’abandon de poste.
- Pour l’abandon de poste, la mise en demeure doit obligatoirement mentionner les conséquences d’une absence de réponse, sous peine de voir la procédure invalidée.
- Vous avez le choix entre la présomption de démission et un licenciement pour faute grave : les deux voies existent, avec des conséquences différentes pour le salarié.
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Article rédigé sur la base du droit du travail en vigueur en septembre 2026. Chaque situation peut varier selon les dispositions de votre convention collective.
